| Ecrit par Heyoka,
le 13-08-2007 18:39
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Publié dans : Actualités, Ecologie |
Voici un article paru dans le magazine scientifique Science News et qui aborde la modélisation climatique en général ainsi que le projet Climateprediction.net. Une des références est une lettre envoyée au journal Nature par
David Stainforth et d'autres chercheurs de l'équipe de Climateprediction.net.
Le Dr Stainforth était le scientifique en chef du projet CPDN, il est maintenant à l'Environmental Change Institute de l'Université d'Oxford pour prétendre à un poste de Maître de conférences à l'Université d'Exeter. Plus de détails sur son CV .
Les modèles informatiques pourraient ne jamais être capables de prévoir avec exactitude le climat
Julie J. Rehmeyer
Les différentes modèles climatiques pourraient ne jamais produire des prévisions concordantes, même avec des améliorations spectaculaires de leur capacité à simuler la physique et la chimie de l'atmosphère et des océans. C'est la conclusion d'un rapport de James McWilliams, un mathématicien appliqué et scientifique spécialisé dans l'étude de la Terre à l'université de Californie à Los Angeles. Les mathématiques des modèles complexes fournissent la preuve que les modèles diffèreront toujours entre eux, argumente-il. Par conséquent, poursuit McWilliams, les personnes qui s'occupent de modéliser le climat doivent changer leur approche pour faire des prévisions.
Tous les modèles
climatiques prévoient que la Terre va continuer à
se réchauffer, mais dès que l'on pousse un peu
plus loin l'analyse pour obtenir des informations plus
détaillées, ils sont rarement en accord. Les
meilleures prévisions varient de 10 à 20% voire
plus. Pour des phénomènes particuliers, les
variations sont bien plus importantes. Par exemple, les
modèles climatiques sont en désaccord sur la
question de savoir si les périodes sèches vont en
moyenne durer plus ou moins longtemps.
Un test plus
élémentaire d'évaluation de la
fiabilité des modèles et de leur degré
d'accord entre eux tient dans leur capacité à
reproduire les modèles climatiques passés. Ils ne
sont pas non plus entièrement capables de réaliser
ceci. Ils peuvent reproduire assez précisément
certaines tendances du climat passé, mais chaque
modèle a ses propres inexactitudes. Par exemple, un
modèle peut reproduire de façon satisfaisante la
température mais fournir un travail
bâclé pour reproduire les
précipitations.
Bien que les modèles
climatiques se soient énormément
améliorés ces dernières
années et se soient développés du
point de vue de la sophistication, les divergences entre les
prévisions demeurent toujours aussi importantes. Certaines
de ces différences reflètent le
désaccord entre les chercheurs au sujet des
données scientifiques qui doivent entrer dans le
modèle, mais même les modèles qui
prétendent dépeindre le climat avec la
même méthode et à partir d'un point de
départ donné ne produisent pas avec
précision les mêmes résultats.
« Ceci doit être compris comme une des
limites inhérentes aux modèles de ce calibre sur
une question de ce type, plutôt qu'une mesure de
l'immaturité ou de l'inexactitude des
modèles, » explique McWilliams.

Climateprediction.net est un
projet de recherche qui utilise les ressources informatiques non
utilisées des volontaires pour calculer plus de 170.000
versions différentes d'un modèle climatique
donné. L'étude de la variation des
résultats pourra aider les chercheurs à
comprendre les divergences entre les différents
modèles climatiques.
Le problème s'expose de la
même manière que le désormais
célèbre "effet papillon," mais à une
échelle différente. En 1972, le
mathématicien et météorologiste
Edouard Lorenz expliquait que le battement de l'aile d'un papillon au
Brésil pourrait déclencher une tornade au Texas.
Cette image résume la notion que dans les
systèmes chaotiques comme le temps qu'il fait, d'infimes
variations entre deux situations initiales
peuvent conduire à des situations finales
extrêmement différentes.
Ce phénomène est
bien connu dans les prévisions
météorologiques, et cela explique pourquoi
même les meilleures prévisions
météorologiques sont inexploitables
après une ou deux semaines. Mais dans la
prévision du climat, l'effet papillon joue un rôle
plus marginal, car sur une année ou une décennie,
les situations finales imprévisibles tendent à
s'équilibrer.
McWilliams soutien, cependant, que les
modèles climatiques sont sujet à un effet
chaotique semblable mais à une échelle
différente. Les légères variations
dans la manière dont les effets physiques sont
calculés et arrondis, en lieu et place des variations des
conditions initiales, peuvent mener à des
scénarios futurs extrêmement
différents. Ce phénomène s'appelle "
l'instabilité structurelle". Si les modèles
climatiques sont effectivement en soi structurellement instables, alors
deux simulations extrêmement précises des
processus physiques de l'atmosphère et des océans
produiront presque toujours des prévisions qui
diffèreront sensiblement. Dans ce cas, il est peu probable
que les modèles de prévision climatique soient en
accord sur la durée.
McWilliams n'est pas en mesure de
démontrer que les modèles climatiques sont
structurellement instables, mais il soutient, dans l'édition
du 22 mai du journal Proceedings of the National Academy of
Sciences, que tous les indices pointent dans cette
direction. McWilliams poursuit : "Bien que nous n'ayons pas
à disposition tous les modèles possibles que nous
ou nos enfants pourraient faire, nous pouvons commencer
à voir que ces modèles ne convergeront pas vers
une réponse exacte, et les prévisions climatiques
ne sont pas susceptibles de parvenir à un commun accord que
nous entrons dans une ère de changement
climatique. »
Néanmoins, les
modèles climatiques produisent une information
précieuse. Les modèles ont apporté des
améliorations majeures dans la compréhension par
les scientifiques de la dynamique du climat. En outre, McWilliams
indique que les divergences entre les modèles n'infirment
pas la conclusion la plus fondamentale des modélisations
climatiques : l'augmentation des gaz à effet de serre
émis par l'activité humaine réchauffe
la Terre et cela continuera à en être ainsi. Il
note qu'aucun modèle climatique crédible pourrait
ne pas tirer cette même conclusion. "De nombreux
climatologues ont tenté de produire un modèle qui
ne montrerait pas un réchauffement climatique
futur et personne n'a été en mesure de
faire cela de manière crédible".
McWilliams soutient, cependant, que
les personnes qui s'occupent de la modélisation du climat
doivent changer leur approche en produisant des prévisions
quantitatives. « Concrètement, cela
implique que les gens ne devraient pas attendre ou convoiter
le modèle parfait » ajoute-t'il. Au
contraire, les scientifiques devraient explorer tous les comportements
possibles que les modèles climatiques peuvent avoir en
faisant systématiquement varier la manière dont
les modèles sont construits pour voir toutes les
prévisions qu'ils pourraient faire.
Dans cette optique, les chercheurs ne
produiraient pas un seul nombre pour prévoir par exemple la
température globale moyenne qui résulterait du
doublement des gaz à effet de serre dans
l'atmosphère. Au lieu de ça, une série
de milliers de modèles produiraient des
probabilités pour un éventail de
températures possibles.
Certains chercheurs ont
déjà commencé à s'adapter
à cette vision. Un groupe de l'université
d'Oxford en Angleterre fait fonctionner un projet appelé
Climateprediction.net qui utilise la puissance de calcul des
volontaires partout dans le monde pour calculer environ 150.000
variations d'un modèle climatique que les chercheurs ont
développé. La première
série de résultats a prouvé que les
modèles climatiques peuvent prévoir une gamme
beaucoup plus large de scénarios possibles sur le
réchauffement climatique que ce que les modèles
avaient précédemment montrés.
À l'intérieur des modélisations
plausibles effectuées par le groupe d'Oxford, la
température globale pourrait s'élever au plus de
11°C si les niveaux de CO2 dans
l'atmosphère étaient doublés. C'est
beaucoup plus que la fourchette de 2°C à 5°C
prévue par le groupe d'experts intergouvernemental sur
l'évolution du climat (GIEC). Des résultats si
extrêmes sont peu probable, même si...
Néanmoins, l'argument de
McWilliams est controversé dans la communauté.
Reto Knutti, un modéliseur climatique de
l'université de Berne en Suisse, indique qu'il s'attend,
avec le temps, à ce que les modèles apportent des
réponses de plus en plus similaires. Il argue du fait que
les scientifiques ont développé de nouveaux
modèles ces cinq à dix dernières
années qui ne sont pas aussi sophistiqués que
quelques modèles plus anciens qui ont
été développés sur
plusieurs décennies, ce qui fait que la dispersion semble
plus importante que ce qu'elle devrait être autrement.
Mais McWilliams indique que la
communauté des climatologues doit s'attaquer maintenant
à cette question pour s'assurer que les modèles
sont capables de fournir des réponses aux questions qui
leurs sont posées. Il compare son argument à la
preuve de Kurt Gödel selon laquelle certains rapports
mathématiques ne sont ni prouvables ni
réfutables. Le théorème
d'incomplétude Gödel, conclut McWilliams,
« résonne comme un avertissement : il
faut s'assurer que vous vous posez les bonnes questions avant de vous
esquinter
à trouver les réponses. »
Références:
McWilliams, J.C. 2007. Irreducible imprecision in atmospheric
and oceanic simulations. Proceedings of the National Academy of
Sciences 104(May 22):8709-8713. Disponible à l'addresse
suivante : http://www.pnas.org/cgi/content/full/104/21/8709.
Moreira, N. 2005. The wind and the fury. Science News
168(Sept. 17):184-186. Disponible à l'addresse suivante : www.sciencenews.org/articles/20050917/bob8.asp.
Perkins, S. 2007. From bad to worse: Earth's warming to
accelerate. Science News 171(Feb. 10):83. Disponible à
l'addresse suivante : www.sciencenews.org/articles/20070210/fob1.asp.
Peterson, I. 2000. Great computations. Science News 157(March
4):152-153. Disponible à l'addresse suivante : www.sciencenews.org/articles/20000304/bob9.asp.
Stainforth, D.A., et al . 2005. Uncertainty in predictions of
the climate response to rising levels of greenhouse gases. Nature
433(Jan. 27):403-406. Disponible à l'addresse suivante :
http://dx.doi.org/10.1038/nature03301.
Vous pouvez rejoindre l'expérience Climate
prediction.net à l'addresse suivante : http://climateprediction.net/.
Dernière mise à jour : 15-08-2007 11:24
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