| Ecrit par TaxxorbaK,
le 15-11-2007 14:17
|
Pages vues : 2340  |
Favoris : Aucun |
Publié dans : Actualités, Rosetta@home |
|

David Baker
admire l'oeuvre de 150 000 ordinateurs.
T. S.
WARREN/AP
|
Une tentative de modélisation utilise
le calcul partagé avec l'espoir de réaliser une
percée scientifique
Par Ellen Callaway
En exploitant les millions d'heures de calcul offertes par 150.000 volontaires, les scientifiques ont réussi à prédire la structure d'une protéine à partir de sa seule séquence d'acides aminés. Le projet constitue
une
avancée significative dans un domaine qui a
été
exploré sitôt que des résultats
tangibles sont
apparus, déclare l'expert.
Déterminer la forme d'une protéine est
habituellement effectué par irradiation de faisceaux de
rayons X sur la forme cristalline de la protéine
puis par une mesure de la diffraction, et les
chimistes des protéines sont depuis longtemps sceptiques sur
les
tentatives de remplacement des tests par la modélisation et
la
théorie. "Actuellement, la modélisation
a mauvaise presse dans ce domaine" explique Michael Levitt, un
bio-informaticien de l'Université de
Standford. Mais dans un article publié le 14 octobre dans le
journal
Nature, David Baker, un biochimiste de l'Université de
Washington à
Seattle, et ses collègues présentent des
résultats qui pourraient faire encore
mieux
que dissiper ce scepticisme (B. Qian et al. Nature
doi : 10.1038 / nature06249 ; 2007).
La forme d'une protéine - et donc son
activité -
est
déterminée de manière
précise par la
façon dont se replient ses chaines d'acides
aminés.
"Imaginez vous la chose comme un serpent totalement
flexible, il
existe des milliers de degrés de liberté pour
chacun des points situés sur ce serpent" illustre
Eleanor
Dodson, spécialiste en biologie structurale
à l'Université de York (Royaume-Uni). La forme
finale dépend des
interactions moléculaires de chaque acide aminé
avec ses
voisines, avec les molécules d'eau environnantes et avec les
acides animés qui sont situées à une
grande distance à
l'intérieure de la séquence, mais qui deviennent
proche lors du
repliement. C'est un problème abominable à
modéliser.
|
"Imaginez vous la chose comme
un serpent totalement
flexible, il
existe des milliers de degrés de liberté pour
chacun des points situés sur ce serpent"
|
|
Plutôt que d'utiliser les techniques habituelles
pour
résoudre le problème, la technique de
Baker combine l'ensemble des informations connues sur la
structure des
protéines avec l'immense puissance de
calcul rendue disponible par l'intermédiaire de
l'infrastructure
ouverte de Berkeley pour le calcul en reseau (Berkeley
Open Infrastructure
for Network Computing).
Ce logiciel, développé à
l'Université de Californie (Berkeley), permet
au grand public de contribuer en partageant la puissance de calcul non
utilisée de leur(s) ordinateur(s) pour des projets
scientifiques (le plus
célèbre étant la recherche d'une
intelligence extraterrestre avec
SETI@home), 150 000 volontaires l'utilisent en
téléchargeant une copie
du programme Rosetta@home développé par le
laboratoire Baker.
Rosetta casse la séquence d'une protéine
en petits morceaux qui peuvent être mis en concordance avec
des morceaux identiques provenant de protéines dont les
structures sont connues. Ces différentes formes offrent de
nombreuses possibilités d'assembler les morceaux de la
protéine
à l'étude, et le programme choisit celles qui
minimisent l'énergie libre de la structure (une mesure de sa
stabilité). Les chercheurs tendent
à
toujours plus affiner le modèle des protéines en
faisant fonctionner encore et encore
le programme sur des milliers d'ordinateurs.
Lorsque la séquence de T0283, une protéine d'une
bactérie constituée de
112 acides animés, a été
testée, le réseau a recraché plusieurs
millions de
structures
après un million d'heures de calcul
cumulé. Ces millions ont été
réduits à cinq structures après des
analyses répétées, et une seule de ces
structures a été mise en évidence, par
corrélation avec la structure
déterminée par son cristal.
Bien que la précision des modèles ait
été encore assez éloigné
des modèles de cristaux haute
résolution, elle était assez bonne pour que les
chercheurs pensent que cette technique pourrait à l'avenir
simplifier le processus traditionnel d'obtention des structures par
rayons-X. Pour convertir les schémas aux rayons-X en
structures, les chercheurs doivent produire des modèles
à partir de cristaux qui ont été
enrichis avec des métaux lourds "marqueurs", ou alors
utiliser des modèles possèdant des indications
sur ce à quoi ressemblera la structure finale, par exemple
à partir de la forme de la protéine en question.
La structure de T0283 issue de Rosetta était suffisamment
bonne pour valider cette dernière technique.
Le programme devrait maintenant être capable de fournir des
points de référence pour les protéines
pour lesquelles il y a déjà des
données par rayons-X, mais qui manquent de liens utiles avec
d'autres protéines qui végètent dans
un coin. "On
sera alors en mesure de résoudre toute une série
de structures bien plus rapidement" déclare Adrian
Roitberg, un modeleur de protéines à
l'Université de Floride à Gainesville.
Il y a encore de la place pour des
améliorations, indique Rhiju Das, un post-doctorant
travaillant
sur le projet Rosetta@Home et un des co-auteurs de l'article avec
Baker.
Chaque ordinateur personnel travaille en autonomie, explique-t-il. Si
le programme pouvait être réécrit pour
être exécuté sur les multiples
processeurs parallèlisés à
l'intérieur d'un
supercalculateur, Rosetta
pourrait être considérablement plus puissant.
La rançon du succès d'une meilleure
prédiction des structures serait la perspective de
protéines faites "sur mesure", explique Baker, qui
utilise Rosetta pour trouver des séquences qui correspondent
aux structures désirées. Son laboratoire et celui
du biochimiste Bill Schief de l'Université de Washington
coopèrent sur la re-modélisation de la
protéine GP120 du SIDA pour concevoir un vaccin qui pourrait
stimuler le système immunitaire d'une façon
différente de ce qui se produit avec le virus naturel. La
protéine
remodelée devrait engendrer des anticorps capablent
d'attaquer le
virus plus efficacement que les anticorps créés
naturellement
après l'infection.
Le jour où les modeleurs de protéines
rendront les méthodes par cristallisation
obsolètes est encore loin, ajoute Baker.
Néanmoins, la fusion des deux techniques pourrait offrir
l'occasion aux biologistes de mieux comprendre les
protéines - et plus rapidement. "Si vous vous souciez
réellement de la structure de vos protéines, vous
devriez combiner l'expérimentation aux
modélisations" conclus t-il.
Dernière mise à jour : 03-01-2008 22:06
|
|
|