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Petit à petit, les ordinateurs individuels aident la science
Le texte
présenté ci-dessous est un article
publié dans le Chicago Tribune, le principal Quotidien de
Chicago et du Midwest
américain mais aussi l'un des dix principaux quotidiens des
États-Unis.
Par Jeremy Manier,
équipe de journaliste de la Tribune
25 décembre 2007
Peu
d'employés
de compagnie d'assurance peuvent se targuer d'aider à
démêler les secrets de l'Univers pendant leur
temps libre.
Jeff
Renkar, lui, le peut.
Jour
et nuit, la puissance de calcul des 6 PC du domicile de Renkar, en
banlieue de Houston, est mise à contribution dans le
cadre d'un nouveau projet de l'université de l'Illinois
appelé
Cosmology@home, l'objectif est de calculer de complexes simulations des débuts de l'Histoire de
l'Univers.
Au
cours des huit
années écoulées depuis que
l'institut SETI, basé en Californie, a eu l'idée
d'intégrer à nos
économiseurs d'écran un logiciel permettant de
filtrer le bruit
radioélectrique en provenance de l'espace pour chercher
d'éventuels
signaux provenant de civilisations extra-terrestres, quelques 40 groupes
de recherche ont lancé des projets basés sur le
même principe. Des
centaines de milliers d'ordinateurs ont été
enrôlés pour étudier
comment les protéines se replient, chercher de nouveaux
nombres
premiers et simuler les changements climatiques, entre autres
efforts.
Cette
stratégie
fondée sur Internet est en train de
changer la façon dont les scientifiques se
représentent leurs grands
projets informatiques.
Jeff
Renkar observe son ordinateur en pleine étude de l'Univers
(Photo : Margaret
Bowles pour le Chicago Tribune, 6
décembre 2007)
Exploiter la
capacité de traitement
inutilisée de réseaux d'ordinateurs individuels,
c'est s'offrir la
puissance d'un onéreux superordinateur pour une fraction de
son coût et
permettre aux chercheurs de réduire le temps d'attente de
leurs calculs
de quelques années à quelques jours.
Ces études
basées sur le
"calcul bénévole" ont également
engendré une étrange culture mondiale, des
amateurs enthousiastes qui apportent leurs propres passions et la
puissance de l'outil collaboratif qu'est Internet aux domaines
scientifiques les plus raffinés.
Tout comme Renkar, ils
aiment
pousser les limites de leurs ordinateurs tout en apportant leur
contribution aux sciences fondamentales ou à la chasse aux
nouveaux
remèdes.
De nombreux
bénévoles sont des programmeurs ou des
chercheurs, mais d'autres n'ont pour toute connexion à ces
projets que
leur propre enthousiasme. Ils vivent aux quatre coins du monde, de
Suède au Sahara, du Timor-Oriental à Los Angeles.
Ceux qui soutiennent
le projet de l'Université de l'Illinois sont conducteur de
train en
Grande-Bretagne, gardien de prison retraité de l'Oklahoma et
passionné
d'astronomie, et même "commandant" d'un fan club de "Star
Trek" à Des
Moines (Iowa).
Autrefois un passe-temps,
maintenant une mission
Pour
Renkar, un natif de Chicago qui a passé son enfance dans le
quartier
Sud-Ouest à construire ses propres télescopes,
contribuer à l'étude des
origines de l'Univers c'est réaliser un rêve
d'enfant. Ce qui a
commencé comme un passe-temps occasionnel est devenu pour
lui comme une
mission.
Renkar raconte : "J'ai
toujours eu l'âme d'un
scientifique. Maintenant, j'ai vraiment l'impression d'aider la science
à produire de nouveaux résultats et à réaliser des
découvertes."
Pour rejoindre
les projets, les propriétaires d'ordinateurs
téléchargent un programme
qui permet à leurs ordinateurs de travailler sur des petits
morceaux d'un plus
grand problème scientifique. Quand un PC finit un fragment
du calcul,
il l'envoie pour vérification puis insertion dans la base de
données
des résultats.
Une de ces initiatives a
fait les yeux doux aux
joueurs sur console PlayStation 3 de Sony, qui contient un processeur
graphique puissant. Une étude des protéines
à l'Université de Stanford
sous-traite maintenant une majorité de ses calculs
à ces consoles.
"Je
fais des dons à d'autres causes, et j'ai simplement
considéré cela
comme une donation à la science et à la
société", déclare Cory Parker,
un technicien en assurance-qualité d'Inverness qui fait
tourner le
logiciel Folding@home sur ses quatre consoles de jeux Sony. Il
n'utilise qu'une seule PlayStation pour les jeux, les trois autres sont
des machines endommagées qu'il a acheté au
rabais juste pour
promouvoir la recherche.
Le nombre incroyable de
personnes
nécessaires pour que de tels projets en vaillent la peine
peut être
décourageant, avouent certains chercheurs.
Folding@home, qui a
débuté en 2000 et qui est l'une des plus grandes
tentatives, mobilise en permanence quelques
250 000 ordinateurs.
Garder intact
l'excitation de tous ces volontaires pour les questions souvent
obscures que ces projets sont sensés résoudre est
un défi majeur, explique Benjamin Wandelt, professeur de
physique à l'Université de
l'Illinois et directeur de cosmology@home.
"C'est de
l'informatique démocratique, donc basée sur la
bonne volonté de
quelques personnes de tous horizons et de toutes origines,"
s'enthousiasme
Wandelt "Si en tant que chercheur, vous ne savez pas communiquer au
grand public ce qui rend votre recherche
intéressante, ce genre de programme
n'est probablement pas fait pour vous "
Wandelt a voulu tester
comment des changements mineurs des conditions initiales
après le
Big Bang auraient pu affecter notre Univers des milliards
d'années plus
tard. Savoir comment fonctionne ce processus pourrait en apprendre plus
aux physiciens sur ce que notre propre Univers a dû
être à ses débuts.
Pour
répondre à cette question, l'équipe de
Wandelt exécute des milliers de
simulations de l'évolution cosmologique et joue sur
différents
paramètres des conditions initiales, telles que la vitesse
de
l'expansion de l'Univers ou la quantité de certaines
particules
fondamentales.
Mais il a
constaté que la première série de
simulations devait prendre environ 300 000 heures de temps de calcul --
soit 30 ans d'utilisation d'un simple ordinateur de bureau. En
distribuant la corvée de calcul à 2 800
utilisateurs de 78 pays,
Wandelt et son équipe ont accumulé plus de 300
000 heures calculs en
seulement six mois.
Un fantastique
intérêt
"Je pensais que
les gens seraient enthousiastes, mais leur réaction a
dépassé toutes
nos espérances" confie Wandelt. Il précise que
100 personnes s'étaient
déjà inscrites sur le site internet de son projet
avant même qu'il
n'ait eu le temps de le dévoiler au public.
Kathryn Marks une
américaine enseignant l'anglais langue
étrangère en Corée du Sud,
assure qu'elle avait décidé d'aider
l'Université de l'Illinois en
raison de sa "soif naturelle de connaissances."
Et elle ajoute : "De
toujours, j'ai admiré les étoiles en me demandant
d'où nous venions et où nous allions"
Pour certains
bénévoles, les projets en ligne peuvent devenir
une obsession.
"C'est
un passe-temps. Une drogue", écrit dans un courriel le belge
Guy
Pauwels, inconditionnel de Folding@home. Il explique qu'il appartient
à
une équipe de "plieurs", comme ils se nomment
eux-mêmes, et qu'ils
organisent des compétitions avec des équipes
d'autres pays pour voir
qui aura l'ordinateur qui abattra le plus de travail.
Les
programmes tels que Folding@home font subir aux PC les tests de
performance les plus exigeants, comme le soulignent de nombreux
utilisateurs. Accumuler un panel impressionant de résultats
de calculs
est leur symbole de réussite, et cela leur rapporte des
"points" -- statistiques sans aucune valeur, si ce n'est
d'être le gage
de leurs prouesses informatiques.
Pour engranger encore plus
de
points, de nombreux bénévoles
n'achètent des ordinateurs que dans le
but de les utiliser pour leurs projets. Le Dr. Michael McCord, un
anesthésiste à la retraite de Beaumont au Texas,
avoue qu'il possède 7
PC qui font tourner à plein temps le logiciel de
Folding@home. Et de
nombreux utilisateurs consacrent encore plus d'ordinateurs à
la cause.
"C'est
la compétition et la camaraderie qui m'ont
intéressé", ajoute McCord.
"J'ai la chance de pouvoir me permettre une telle facture
d'électricité."
Ce niveau de
dévouement fut une surprise pour
David Anderson, chercheur à Berkeley - Université
de Californie et
développeur de SETI@home et du cadriciel utilisé
par nombre de nouveaux
projets. Il explique qu'il aimerait rendre le calcul
bénévole tellement
facile à utiliser pour les scientifiques que même
un simple étudiant de
3ème cycle pourrait s'en servir pour se
débarasser de fastidieux
calculs.
«Notre objectif
est de faire du calcul bénévole un
nouveau paradigme», poursuit Anderson. "Ce pourrait
être un outil de
base vers lequel tout chercheur ayant besoin de grosses puissances de
calcul pourrait se tourner."
Jusqu'à
présent, le calcul
bénévole n'a pas encore changé la
façon dont les physiciens pensent
l'Univers et n'a abouti à aucun traitement concret contre
une maladie,
mais les chercheurs disent avoir publié des travaux
fascinant sur cette
approche. Wandelt de l'Université d'Illinois indique que son
équipe
vient de présenter sa première publication sur
les résultats de
Cosmology@home. Il explique qu'il a trouvé une
façon de distiller ses
données qui devrait permettre à d'autres
cosmologistes de faire
fonctionner plus rapidement des simulations de l'Univers primitif.
Vijay
Pande, directeur de Folding@home, déclare que son
équipe a publié 54
articles sur ses simulations du repliement des protéines.
Pour
fonctionner correctement, les protéines doivent se replier
de manière
très précise, et de nombreuses maladies peuvent
découler d'erreurs de
repliement, notamment la maladie d'Alzheimer et la sclérose
latérale
amyotrophique (maladie de Charcot). Le travail de Pande a pour but de
révéler le détail de ces processus et
de faciliter la conception de
médicaments qui pourraient aider certaines
protéines cruciales à se
replier correctement.
Cependant, toutes les
questions des
scientifiques n'ont pas vocation à être
résolu par des milliers
d'ordinateurs, chacun d'eux travaillant sur un minuscule bout du
problème, dit Pande.
"Une grossesse,
ça prend neuf mois, mais
vous ne pouvez pas rassembler neuf femmes pour faire cet enfant en un
mois. Certains problèmes ne peuvent pas être
divisés."